CIR : les aides Bpifrance ne sont pas des subventions publiques à déduire de l’assiette
Le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) se calcule sur une assiette de dépenses éligibles. Les subventions publiques perçues pour financer ces mêmes travaux viennent en diminuer le montant. Beaucoup d’entreprises innovantes financent leurs projets à la fois par le CIR et par des aides Bpifrance. Pour elles, une question revient souvent : faut-il retrancher les aides Bpifrance de la base de calcul du crédit d’impôt ?
Le tribunal administratif de Paris a apporté une réponse claire dans un jugement du 28 janvier 2026 (n° 2406541, société Cleyrop). Pour les exercices soumis à l’ancienne rédaction de l’article 244 quater B du CGI, les sommes versées par Bpifrance au titre de projets de R&D ne constituent pas des subventions publiques. Elles n’ont donc pas à être déduites de l’assiette du CIR.
Le contexte du litige
L’entreprise avait demandé le remboursement de sa créance de CIR. Après instruction, l’administration fiscale a considéré que toutes les aides reçues de Bpifrance devaient être assimilées à des subventions publiques et retranchées de la base de calcul. Ce retraitement a conduit au rejet de la demande de remboursement.
Ce raisonnement de l’administration n’était pas isolé. Il correspondait à une pratique répandue lors des contrôles. De nombreuses entreprises déduisaient d’ailleurs spontanément ces aides par prudence.
Une lecture fondée sur la nature juridique du financeur
Le tribunal s’appuie sur la jurisprudence du Conseil d’État (CE, 12 juillet 2023, Institut Technologique FCBA, n° 463363). Selon cette décision, une « subvention publique » au sens du CIR désigne une aide versée par une personne morale de droit public à raison d’opérations ouvrant droit au crédit d’impôt.
Le critère est donc organique : ce qui compte, c’est le statut juridique de celui qui verse l’aide, pas son origine économique ni ses missions. Or Bpifrance est une société anonyme, donc une personne morale de droit privé. Les juges en concluent que ses aides ne relèvent pas de la notion de subvention publique telle que définie par le texte alors applicable. Ils ordonnent donc la restitution du CIR demandé.
Un périmètre limité dans le temps
La loi de finances pour 2025 a modifié l’article 244 quater B du CGI. Désormais, la déduction s’applique aussi aux aides versées par des personnes morales de droit privé chargées d’une mission de service public. Cette modification vise directement des organismes comme Bpifrance.
La solution du tribunal administratif de Paris concerne donc uniquement les exercices régis par l’ancienne rédaction du texte. Pour les périodes postérieures, les aides Bpifrance doivent en principe être déduites de l’assiette.
Une jurisprudence encore loin d’être fixée
Il faut rester prudent. Le 30 juin 2026, le tribunal administratif de Montpellier (n° 2402471, SAS Idealys) a adopté une position inverse. Il a qualifié de subvention publique un prêt à l’innovation accordé par Bpifrance. Pour cela, il a retenu plusieurs éléments :
- les missions d’intérêt général confiées à Bpifrance ;
- sa détention majoritaire par des personnes publiques ;
- le financement du prêt en cause par le ministère de l’Économie.
Les deux décisions portent sur des financements de nature différente : des aides dans un cas, un prêt remboursable dans l’autre. Mais elles montrent que le débat reste ouvert tant que le Conseil d’État ne s’est pas prononcé. Il faut aussi rappeler que, selon la doctrine administrative, les prêts à taux zéro innovation sont assimilés à des subventions remboursables.
Ce qu’il faut retenir
Pour les entreprises qui ont perçu des aides Bpifrance sur des exercices antérieurs à la réforme de 2025, trois réflexes s’imposent :
✔️ identifier les aides Bpifrance déduites de l’assiette CIR, spontanément ou à la suite d’un contrôle ;
✔️ distinguer la nature exacte de chaque financement (subvention, avance remboursable, prêt) et son origine ;
✔️ vérifier les délais de réclamation encore ouverts pour les exercices concernés.
